Quels sont les usages et enjeux de l’IOT pour les entreprises ?

Jenny Baur guide-iot

Montre connectée, bracelet électronique, voiture autonome… Les objets connectés pullulent à l’ère du Big Data et du cloud computing. Ainsi, en 2017 l’étude Gartner évaluait le nombre d’objets connectés dans le monde à 8,7 milliards soit une hausse de 31 % par rapport à 2016. Les objets connectés, ou IoT en jargon anglo-saxon ont bouleversé les habitudes de travail en permettant une plus grande connectivité entre les individus.

Aujourd’hui, les objets connectés ne sont plus de simples « gadgets » électroniques, mais sont devenus de véritables vecteurs d’innovation technologique pour les entreprises qui peuvent collecter facilement et rapidement tout type de données (financières, commerciales, clients, fournisseurs, etc.) On observe une réelle percée des objets connectés dans les secteurs automobiles, pharmaceutiques ou encore dans les transports publics.

Mais les exemples d’applications réussies d’objets connectés sont loin de se limiter à ces seules industries. Pour les entreprises, les enjeux sont nombreux : amélioration de la prise de décision, meilleure expérience client, augmentation des performances et une réduction de coûts significative. Autant de raisons de se lancer dans la conception d’objets connectés en réalisant des prototypes puis des produits connectés ou allant plus loin dans cette démarche avec la création d’une plateforme IoT.

Améliorer la prise de décision en développant une culture de la donnée

Pour les entreprises, les objets connectés vont permettre de collecter des données stratégiques et opérationnelles et d’améliorer la prise de décision tout en répondant à des enjeux business. Selon James Heppelmann, PDG de l’éditeur de logiciels PTC, afin que les objets connectés constituent un avantage compétitif, ils doivent répondre à ces 4 fonctions :

  • La surveillance : permettant une remontée d’informations aux directions métiers ;
  • Le contrôle : obéissance de l’objet à des scénarios personnalisés et pilotage à distance ;
  • Optimisation : les données et les algorithmes sont capables d’améliorer le fonctionnement ;
  • Autonomie : prévention des pannes et compréhension de l’environnement.

Mais la collecte de données est donc vouée à l’échec si elle n’est pas correctement analysée puis traitée. En effet, quel est l’intérêt d’équiper un chauffeur de camion d’un objet connecté (un tracker par exemple) si les directions métiers ne sont pas capables d’arrêter un flux de données ininterrompu et de les transformer en données intelligentes (Smart Data).

C’est en cela que l’IoT oblige les entreprises à s’adapter perpétuellement en créant de nouveaux business models, de nouveaux métiers et de nouvelles relations entre les directions métier. C’est ainsi qu’émerge dans certaines entreprises un CDO (chief digital officer), un responsable du traitement et de l’analyse de données. Dans d’autres entreprises, la question provoque une véritable fracture entre les DSI (directions des systèmes informatiques) qui s’occupent de toutes les questions relatives à l’exploitation des données issues des objets connectés et les directions métiers chargées de prendre des décisions tant au niveau opérationnel que stratégique.

L’enjeu est majeur pour les entreprises puisqu’il s’agit de décloisonner les directions qui collectent les données et celles qui prennent les décisions. Un dialogue constructif entre les deux s’avère donc indispensable. Pour cela, de plus en plus d’entreprises forment les Data-Scientist aux enjeux business de l’entreprise en les impliquant dans la prise de décision et aident les managers à développer une véritable culture de la donnée.

Mieux comprendre le client et lui offrir une meilleure expérience

Si la segmentation des clients en fonction de caractéristiques sociodémographiques (âge, sexe, catégorie socioprofessionnelle) est encore d’actualité, elle est loin de permettre aux entreprises de se différencier de leurs concurrents, de se positionner en leader sur un marché et d’offrir une véritable expérience client. Grâce aux objets connectés, les entreprises vont plus loin dans la segmentions des clients en fonction de l’usage d’un produit.

Ainsi, Oral B a conçu une brosse à dents connectée capable de récolter les données des clients en temps réel. L’entreprise américaine a donc analysé le temps passé par brossage, les zones les plus difficiles d’accès et celles qui sont les plus brossées ou les moins brossées. En fonction de ces résultats, la firme américaine adapte et améliore son produit.

Il en est de même pour la célèbre marque automobile Tesla dont le modèle S est connecté et relié à une application mobile permettant d’analyser des données en temps réel (vitesse, distance du parcours, état du trafic, etc.). L’objectif est d’adapter la conduite (emprunter les voies rapides en cas de circulation dense, se garer) et de prévenir le conducteur de tout risque. Toutes ces fonctionnalités ayant lieu sans la moindre intervention humaine.

Si ces avancées technologiques sont parfois dignes d’un roman de science-fiction, elles révèlent que les entreprises sont capables d’aller au-delà de la simple maintenance prédictive. Les produits et services connectés offrent un retour d’expérience qualifié et quantifié aux entreprises en leur permettant de :

  1. Récolter les données et les stocker dans des objets connectés ;
  2. Traiter les données de manière intelligente (Smart Data) ;
  3. Interpréter les données ;
  4. Construire des processus agiles en passant d’une simple interprétation à l’amélioration de l’expérience client.

Mais l’utilité des objets connectée est loin d’être limitée à de seules fins commerciales et contribue également à améliorer les risques et la sécurité des personnes. Ainsi, certains hôpitaux se dotent d’objets connectés permettant aux médecins de surveiller en temps réel les fonctions vitales des patients (rythme cardiaque, circulation sanguine, respiration pulmonaire, etc.) afin d’optimiser leur temps de passage et de prioriser les patients selon leur état critique.

Accroître les performances des entreprises et réduire les coûts

L’exploitation d’objets connectés sert à réduire les coûts de fabrication ou de maintenance. La division aéronautique de l’entreprise américaine Rolls Roys a par exemple utilisé Microsoft’s Azure IoT pour concevoir un matériel capable d’analyser en temps réel l’état du trafic aérien, de relever toutes les données météorologiques, de mesurer la pression atmosphérique et d’indiquer au personnel de bord le niveau de carburant. L’Airbus A380 et le Boeing 787 Dreamliner en sont dotés. Ces prouesses technologiques permettent aux constructeurs aériens d’optimiser la consommation de fioul et de réaliser des économies de l’ordre de 250 000 dollars par an et par avion.

Les objets connectés permettent également d’accroître les performances du service logistique. Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à intégrer des trackers d’activité pour gérer les flux des personnes et des marchandises au sein des entrepôts afin d’assurer une gestion de stocks plus efficace et plus fiable.

Dans le secteur des transports, une firme canadienne Nmedia a poussé cette démarche encore plus loin en connectant des objets, données, procédés, machines et personnes au sein d’un seul et même système. Ainsi, dans le cadre d’un convoi entre deux villes canadiennes transportant des produits réfrigérés, le système est capable de détecter toutes sortes de défaillances (par exemple : la température qui augmente indique un problème de climatisation) et de prévenir plusieurs heures à l’avance le chauffeur du camion que la température d’un des produits a atteint le niveau de tolérance acceptable. Ces données permettent alors au chauffeur de modifier son parcours en se rendant dans l’entrepôt le plus proche pour remettre le produit au frais.

 

Les objets connectés transforment profondément les entreprises en instaurant de nouveaux business models, en créant de nouveaux métiers et en installant une véritable culture de la donnée. Les directions métiers doivent s’adapter et le cloisonnement entre managers et data scientists semble bel et bien révolu.

L’analyse de la donnée est au cœur des préoccupations stratégiques des entreprises, car la seule collecte d’informations ne leur permet pas de se positionner sur un marché de plus en plus compétitif ni d’offrir une meilleure expérience client.

Les technologies de l’IoT évoluent : les « wearables IoT » ou « Références Équipements Connectés » en français séduisent de plus en plus le grand public au point que l’institut d’étude GFK évalue le nombre de ventes à un million en France en 2016. Avec l’arrivée de la voiture connectée, l’enjeu est de récolter et d’analyser la donnée même lorsque celle-ci est en mouvement. Outre-Atlantique, cette innovation a été baptisée « Internet of Moving things ».

Mais la recrudescence d’objets connectés pose la question de la sécurisation des données. À l’heure du RGPD, l’heure n’est plus à la réflexion, mais à la mise en place de solutions pour limiter les risques. Selon l’institut d’études IDC, les entreprises investiront 1,5 Md $ en 2018 pour sécuriser les objets connectés et 3 Md $ en 2021.

 

Sources :

http://webdesobjets.fr/etude-gartner-8-milliards-objets-connectes-en-2017/
https://www.lesechos.fr/06/11/2014/LesEchos/21809-050-ECH_comment-les-objets-connectes-changent-la-strategie-de-l-entreprise.htm
http://www.filrfid.org/2017/07/internet-of-things-iot-les-5-facons-essentielles-d-usage-pour-l-entreprise.html
http://www.vipress.net/see-publie-etude-de-300-pages-liot-2018/
https://solutions.lesechos.fr/tech/c/enjeux-se-cachent-derriere-linternet-objets-6509/
https://eleven-strategy.com/articles/les-objets-connectes-experience-client/
http://www.nmedia.ca/article/l-internet-objets-iot-cas-application
http://www.leblogdomotique.fr/voiture/tesla-voitures-connectees-6504
https://www.computerworlduk.com/iot/rolls-royce-uses-microsoft-iot-tools-cut-down-on-engine-faults-3648777/
https://www.distributique.com/actualites/lire-1-5-md $ — sera-consacre-a-la-securisation-des-objets-connectes-en-2018-27539.html